16 janvier 2021

6.1 - Donovan

5.6 – David Bowie (68-71) ⬅ 🎵 ➡ 6.2 - Nick Drake

Donovan, troubadour hippie-folk-baroque

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⏯ Considéré à ses débuts comme un ersatz inoffensif de Dylan, l'écossais Donovan va rapidement trouver sa voie. A partir de 1966, sous la houlette du duo Mickie Most/John Cameron, respectivement producteur et arrangeur, sa poésie naïve va s'habiller de superbes arrangements, colorant ses délicates mélodies folk de jazz, de psychédélisme et de musique classique. Compagnon de la retraite indienne des Beatles, il leur enseignera le jeu en fingerpicking, composante sonore essentielle du White Album de 1968. Son aura de barde hippie se dissipera en même temps que les sixties, malgré quelques réapparitions au cours des décennies suivantes.

1- Sunny Goodge Street (1965) : Fairy Tales, deuxième album au son folk acoustique, voit toutefois Donovan s'ouvrir à d'autres ambiances. Violoncelle, cuivres et flûte jazzy annoncent les perles à venir.
2- Celeste (1966) : Voici la preuve que Donovan est tout sauf un suiveur. Un titre aux arrangements fabuleux, combinant base folk-rock, violons, orgue, clavecin et sitar, pour un résultat voluptueux, tel un mantra semblant suspendre le temps... Mention spéciale à l'intermède instrumental, et son célesta, qui donne son nom à la chanson.
3- Hampstead Incident (1967) : Si la suite d'accords descendants est archi-rebattue, les arrangements valent à eux seuls le détour. Cameron s'en donne à coeur joie, convoquant trémolo de cordes et arabesques de clavecin pour donner au morceau toute sa tension dramatique.
⏭ Ce titre - comme le précédent - a eu une influence manifeste sur Nick Drake (cf. chapitre suivant).
4- There Was A Time (1967) : Quand des arrangements à la Left Banke rencontrent un mélodie que n'aurait pas renié Arthur Lee (Love), on obtient un petit bijou de vignette pop.
5- Hi It's Been A Long Time (1968) : Sur l'album Hurdy Gurdy Man, le producteur mégalomane Mickie Most cède à une surenchère instrumentale qui met parfois à mal la délicatesse des compositions. Le fan de pop baroque ne lui en voudra pas, bien au contraire. Un titre beatlesque au possible.
 

💓 = ★★★★☆

Compléments :
Top Baroque Albums : Trois albums concentrent les versants les plus pop baroques de Donovan : Sunshine Superman (1966), Mellow Yellow (1967) et Hurdy Gurdy Man (1968). Pour un panorama de la période 64-76, la double compilation Troubadour - the definitive collection est un excellent choix.

 5.6 – David Bowie (68-71) ⬅ 🎵 ➡ 6.2 - Nick Drake














 

29 décembre 2020

5.5 - David Bowie (66-67)

5.4 - Love ⬅ 🎵 ➡ 5.6 - David Bowie (68-71)

David Bowie (66-67),

absolu débutant

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⏯ Pour beaucoup (à commencer par lui-même), la carrière de Bowie commence en 69 avec Space Oddity, son premier succès. Au mieux, les singles et l'album publiés au cours des trois années précédentes apparaissent comme des erreurs de jeunesse, dénuées de personnalité. Certes, ces débuts n'ont pas l'intensité et la maîtrise conceptuelle des chefs d’œuvre de la décennie suivante, mais cette première incarnation présente une certaine cohérence esthétique, où la façade légère - une pop baroque tendance music-hall - se fissure pour laisser entrevoir une réelle étrangeté, portée par des paroles souvent iconoclastes, voire franchement dérangeantes. Et la voix est déjà là, indéniablement.

  1- Rubber Band - single version (1966) : Single sorti en décembre 66, où l'on entend le jeune Bowie (19 ans) tenter de se frayer un chemin entre le mélodrame des Walker Brothers et la pop vaudeville des Kinks, pour un résultat plutôt convaincant.
  2- The London Boys (1966) : Face B du précédent. Une complainte à l'intensité graduelle, qui annonce de futurs classiques, comme Rockn'roll Suicide. Notez les jolis arrangements de cuivres et d'orgue.
  3- Love You Till Tuesday - single version (1967) : Charmante petite vignette estampillée easy-listening-swinging-sixties. Le genre de sucrerie qui fera bondir les fans du Bowie glam, soul ou berlinois. 
  4- There Is A Happy Land (1967) : L'album David Bowie, publié en juin 67, souffre d'arrangements assez conventionnels, pour ne pas dire surannés, surtout quand on réalise qu'il est contemporain de Sgt Pepper. Mais il a ses charmes, comme le prouve ce morceau sous influence Bacharach.
  5- Karma Man - BBC live version (1967/68) : face B d'un single qui ne sortira pas, ce titre enregistré une première fois en septembre 67 est bien meilleur dans sa version "live at the Beeb" de mai 68. Le "vrai" Bowie commence à pointer, avec des chansons plus consistantes, grâce notamment aux arrangements de Tony Visconti.
BONUS - All You Need Is Five Years - DoM Mashup : L'excellent DoM réalise ici un fantasme pop baroque en mariant Bowie et les Beatles. Et comme vous pourrez le constater, il n'en est pas à son coup d'essai !
   

💓 = ★★★☆☆

Compléments :
Top Baroque Albums : The Deram Anthology 1966-1968 offre un panorama assez complet et plaisant à écouter, à défaut d'être toujours mémorable.  


Site de référence : Pushing Ahead of The Dime - David Bowie, song by song est une vraie mine d'informations. Vivement recommandé !

 Bonus : pour ceux qui aiment les mashup à base de Bowie (mais pas que !), rendez-vous sur l'impressionnante chaîne de Mr DoM !

 
5.4 - Love ⬅ 🎵 ➡ 5.6 - David Bowie (68-71)














 

15 novembre 2020

5.4 - Love

5.3 – The Move ⬅ 🎵 ➡ 5.5 - David Bowie (66-67)

Love, ou la possession d'Arthur Lee

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⏯ Eté 67. Les Beatles et leur immense Sgt Pepper s’arrogent le titre de leaders du « Summer of Love », enfonçant le clou avec l’hymne flower power All You Need is Love. Les seconds couteaux se contentent se suivre, tandis que leurs concurrents directs, les Beach Boys, sont hors-course, après l’effondrement du projet Smile. Mais c’est quand même de Californie, où la scène rock est en pleine effervescence, que viendra la riposte, et quelle risposte ! Forever Changes, troisième album de Love, paru à l’automne, est un éblouissant manifeste psychédélique sous haute influence hallucinogène. Persuadé qu’il lui reste peu de temps à vivre, le leader Arthur Lee embarque sa troupe dans un trip musical, véritable patchwork de styles. Rythm’n blues, folk-rock, jazz, musique latine, mantras orientaux et pop orchestrale sont convoqués en un même creuset. Un pur miracle, hélas sans lendemain : le groupe s’effondrera l’année suivante, à causes des drogues et des tensions internes. Menées par un Lee à la dérive, les incarnations suivantes de Love ne retrouveront jamais cette grâce fulgurante...

1- The Red Telephone (1967) : Un des sommets de l'album, où règne une tension permanente, marquée notamment par ce clavecin au tic-tac inquiétant... Heureusement, les somptueux arrangements de cordes viennent équilibrer l'ensemble, tels un baume apaisant.
2- Andmoreagain (1967) : Magnifique complainte folk, tout en arpèges et violons mélancoliques, au service la voix tremblante de Lee, à fleur de peau.
3- Old Man (1967) : Les visions de Lee laissaient peu de place aux aspirations de Bryan MacLean, capable pourtant de proposer des compositions dont le raffinement et la complexité mélodiques n'ont rien à envier à celle de son envahissant camarade. Arrangements magnifiques, encore une fois...
4- The Good Humour Man He Sees Everything Like This (1967) : Ici, on est pas loin de Bacharach, aussi bien dans la progression harmonique que dans le decorum instrumental, qui fait la part belle aux cuivres.
5- Wonder People (I Do Wonder) (1967) : Non retenu sur la liste finale, cet inédit est pourtant excellent, avec son ambiance jazzy, entre Broadway et sunshine pop.
 

💓 = ★★★★☆

Compléments :
Top Baroque Albums : Cette playlist, centrée sur le versant pop baroque, est loin de rendre justice à éclectisme de Forever Changes (1967), album incontournable de l'histoire du rock. Pour autant, il ne faut pas négliger Da Capo (1966) qui offrira aux amateurs d'autres trésors mélodiques et envolées de clavecin.

 
5.3 – The Move ⬅ 🎵 ➡ 5.5 - David Bowie (66-67)














 

09 septembre 2020

5.3 - The Move

The Move, rockeurs excentriques

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⏯ A part les Beatles, peu de groupes ont fait preuve d'autant éclectisme que la formation menée par le fantasque Roy Wood. Sur un même album, elle peut passer avec une aisance déconcertante d'une pop psychédélique digne des Beatles à du hard-rock proche de Led Zeppelin, en passant par le rock'n roll et le doo-wop des fifties. Une versatilité qui n'a d'égale que la folie costumée de leurs performances scéniques...
Après le départ successif de trois membres, dont Carl Wayne, chanteur principal, The Move connaîtra une deuxième incarnation, avec l'arrivée début 1970 de Jeff Lynne, ex-Idle Race. Tout en s'acquittant pendant deux ans de leurs obligations contractuelles, les deux musiciens vont s'atteler à un projet plus ambitieux, visant à fusionner rock et musique classique (au sens plus symphonique que baroque). Electric Light Orchestra connaîtra un immense succès... sans Roy Wood, parti former le délirant Wizzard.

 

  1- Mist On Monday Morning (1968) : Un chef d'oeuvre, porté par un brillant arrangement de cordes, de clavecin (joué par Nicky Hopkins) et de... flûte à bec, instrument chéri par Roy Wood, qui en usera et abusera sur bon nombre de compositions.
 Ceux qui ne sont pas allergiques aux accordages approximatifs se régaleront ainsi du tube Curly, sorti l'année suivante.
  2- The Girl Outside (1968) : Des cordes proéminentes, accompagnant une jolie mélodie descendante. L'accompagnement rock est presque superflu.
  3- Blackberry Way (1968) : Étonnant hybride, entre comptine et bastringue, sorte de Penny Lane un peu pataud mais irrésistible, avec moult clavecin et ouh-ha-ouh-ha du meilleur effet. L'unique numéro 1 du groupe en Angleterre.
  4- Something (1968) : Formidable face B du précédent. Moins pop, quasiment soul, mais paradoxalement plus baroque, grâce aux arrangements foisonnants, jaillissant entre les roulements de batterie.
5- Beautiful Daughter (1970) : Un titre issu des séances de l'album précédent, tranchant avec les penchants progressifs de Shazam. Même sur leurs titres les plus raffinés, il y a toujours chez The Move une tension viscéralement rock, une sensation d'urgence, contrebalancée par la joliesse des arrangements. 
 

💓 = ★★★★☆

Compléments :
Top Baroque Albums : The Move étant un groupe à singles, une compilation s'impose... La plus complète est Hits & Rarities/ Singles A's & B's  (2002) qui couvre les deux périodes du groupe (66-69 et 70-72).  Côté album, on se tournera d'abord vers Move (1968), leur premier opus.
 














 

02 septembre 2020

5.2 - The Rolling Stones

The Rolling Stones, rois du flirt baroque

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⏯ Comme bien d'autres, les Stones n'ont pas échappé à la vague baroque et psychédélique qui a envahi le paysage pop-rock entre 66 et 68. Mais faire d'eux de simples suiveurs des Beatles et de leur Sgt Pepper est par trop caricatural, car la réalité est bien plus complexe. Par bien des aspects, ces touche-à-tout n'ont pas attendu leurs imposants concurrents pour expérimenter des sonorités et des structures éloignées des canons rocks. Et même quand ils se sont acoquinés temporairement avec le décorum flower-power, cela s'est fait avec une distance et une ironie qui n'appartient qu'à eux, comme si Jagger et sa bande s'amusaient de ce passage obligé en le pervertissant par une attitude indéniablement rock, avant de revenir aux sources dès 68. Au final, pionniers ou opportunistes, peu importe. Ce fut une phase aussi productive que fascinante. 

  1- Play With Fire (1965) : Enregistré en janvier 65 avec le mythique duo de producteurs Spector/Nitzsche (respectivement à la basse et au clavecin), ce titre atypique précède le Yesterday des Beatles de 5 mois. Sans appartenir pleinement au genre pop baroque, il n'en est pas moins incroyablement en avance sur son temps, à mi-chemin entre mantra folk et ballade médiévale.
  2- As Tears Go By (1965) : Cette première composition signée Jagger/Richards, commandée (et complétée) par leur manager Oldham, sera un tube pour Marianne Faithfull mi-1964, avec des arrangements mi-variété, mi-baroques. La version des Stones, plus dépouillée, plus folk, ne renonce pas pour autant aux cordes.
  3- Lady Jane (1966) : Dans tout le répertoire du groupe, ceci est probablement la plus franche incursion dans le genre pop baroque, avec sa mélodie délicate, le phrasé précieux de Jagger et le clavecin de Nitzsche qui vient accompagner le dulcimer central, joué par un Brian Jones toujours curieux de nouvelles sonorités.
  4- Dandelion (1967) : Apparue en face B de We Love You, cette comptine irrésistiblement pop est illuminée par le clavecin du toujours excellent Nicky Hopkins, et des harmonies sous hélium psychédélique.
  5- She's A Rainbow (1967) : Encore Hopkins à l'honneur, cette fois-ci au piano, avec une partition virevoltante. Les arrangements de cordes sont quant à eux signés John Paul Jones, futur Led Zeppelin. Avec ce single, leur dernier de 67, les Stones poussent à fond le curseur bubblegum pop. Le suivant, Jumpin' Jack Flash, signera le retour aux racines blues-rock.
 

💓 = ★★★★☆

Compléments :
Top Baroque Albums : En combinant la compilation Flowers  et l'album Their Satanic Majesties Request (tous deux de 1967), on obtient une somme assez complète des incartades baroques et psyché-pop du groupe. 
 Parcours PGB : Mi-67, le très influent manager Andrew Loog Oldham a quitté ses protégés, emportant avec lui tous ses fantasmes orchestraux, qu'on retrouve largement sur les productions de son label Immediate, comprenant bon nombre de reprises des Stones.
 Playlist : l'excellente shimmerpuppy propose une sélection de tous les titres du groupe flirtant avec la pop baroque, au sens large du terme, : Going For Baroque Pop & The Rolling Stones.